La rentrée a un scénario immuable : on veut tout reprendre d'un coup. Relancer tous les projets, reprendre chaque dossier, être « à jour » dès le premier matin, dès la première semaine. On attaque sur tous les fronts... et trois jours plus tard, on est déjà débordé, avec le sentiment de courir sans avancer. Le problème n'est pas votre motivation, elle est au plus haut en septembre. Le problème, c'est qu'un cerveau ne reprend pas quinze choses à la fois : reprendre, ce n'est pas tout rallumer d'un coup, c'est choisir et remettre en route dans le bon ordre.
Ce que vous vivez : la rentrée qui submerge
Le travail ne s’est pas arrêté pendant l'été : il a continué, au ralenti, et il faut maintenant remettre de l'ordre et des priorités. Sauf que tout semble urgent en même temps. Alors vous ouvrez dix chantiers dans la matinée, vous commencez une chose en en démarrant une autre, vous sautez d'une urgence à l'autre.
Le soir, vous êtes vidé sans avoir vraiment avancé sur ce qui comptait.
La belle résolution de rentrée, « cette année, je m'organise », tient souvent trois jours, puis la vague reprend le dessus.
Ce n'est pas un défaut de discipline : c'est ce qui arrive quand on demande à son cerveau de tout traiter en parallèle, au moment précis où tout revient en même temps.
Ce qui se joue dans votre cerveau : un système à capacité limitée
Votre cerveau n'est pas fait pour tout garder en tête à la fois. Les travaux de Nelson Cowan (Université du Missouri) montrent que la mémoire de travail, celle qui manipule l'information sur l'instant, ne retient que quelques éléments simultanément, de l'ordre de quatre. Au-delà, ça déborde : vous oubliez, vous vous éparpillez, et la sensation de surcharge monte. Une rentrée où quinze dossiers réclament votre attention dépasse mécaniquement cette capacité.
S'ajoute le coût caché du passage d'une tâche à l'autre. Les recherches de Sophie Leroy sur le « résidu attentionnel » montrent qu'en quittant une tâche pour une autre, une partie de votre attention reste accrochée à la précédente : vous n'êtes jamais pleinement sur ce que vous faites. En rentrée, où tout appelle en même temps, ce résidu se cumule et fait chuter votre efficacité sans que vous vous en rendiez compte.
Enfin, nous planifions avec un optimisme tenace. C'est ce que Daniel Kahneman a décrit sous le nom de « biais de planification » : on sous-estime systématiquement le temps que prendront les choses. D'où des agendas de rentrée irréalistes, remplis à ras bord, qui programment la surcharge dès la première semaine. Déborder, ce n'est donc pas manquer de volonté, c'est demander à un système à capacité limitée d'en faire trop, trop vite.
Application concrète : reprendre sans se surcharger
Choisissez peu, vraiment peu. Plutôt qu'une liste de quinze points, fixez deux ou trois priorités pour la semaine, celles qui comptent vraiment. C'est aligné sur ce que votre cerveau peut réellement tenir en tête, et cela suffit à donner une direction claire au reste.
Videz votre tête sur papier avant de trier. Tant qu'elles tournent dans votre esprit, les tâches en attente occupent votre mémoire de travail et entretiennent la sensation de débordement. Posez tout sur une feuille, puis choisissez : ce qui est écrit cesse de peser, et vous décidez au lieu de subir.
Faites une chose à la fois. Le multitâche coûte plus qu'il ne rapporte. Regroupez vos tâches par blocs, coupez les sollicitations qui vous détournent (notifications, interruptions), traitez vos mails à des moments dédiés plutôt qu'en continu, et fermez une tâche avant d'en ouvrir une autre : vous limitez le résidu attentionnel et vous avancez plus vite.
Planifiez réaliste, avec de la marge. Puisque nous sous-estimons toujours le temps, prévoyez plus large que votre premier réflexe et laissez des plages vides pour l'imprévu. Un agenda qui respire tient dans la durée ; un agenda rempli à ras bord casse à la première tuile.
Reprendre sa rentrée, ce n'est pas tout rallumer d'un coup pour prouver qu'on est à la hauteur : c'est remettre en route dans le bon ordre, au rythme que votre cerveau peut suivre. Vous perdez l'illusion de tout faire en même temps, vous gagnez d'avancer vraiment sur l'essentiel. Et si vous voulez installer durablement cette manière de travailler, plus claire et moins subie, c'est tout l'objet du Parcours Klemotion®, à découvrir sur la page /parcours.
Sources : Cowan N., « The Magical Number 4 in Short-Term Memory » (capacité de la mémoire de travail), Behavioral and Brain Sciences (2001) ; Leroy S., « Why Is It So Hard to Do My Work? » (résidu attentionnel), Organizational Behavior and Human Decision Processes (2009) ; Kahneman D., « Thinking, Fast and Slow » (biais de planification), Farrar, Straus and Giroux (2011).